On me demande souvent si ma reconversion de la chirurgie ORL vers l’homéopathie a du sens. La réponse n’est pas simple, car ce n’était pas un choix idéologique mais le fruit d’un long cheminement face aux limites de ma pratique.
Ce que j’ai appris
J’ai appris les gestes techniques, les interventions complexes sur l’oreille moyenne, les sinus ou le larynx. J’ai appris à être très cartésienne : un problème, une solution technique. Par exemple, le nez est bouché ? On cautérise les cornets. Une otite séreuse persistante ? On pose des aérateurs trans-tympaniques. Une sinusite chronique résistante ? On opère. Cette logique binaire et pragmatique structurait toute ma formation et ma pratique chirurgicale.
C’était une médecine de la preuve, où chaque acte est documenté, évalué, amélioré. Je m’appuyais sur des décennies de recherche, des protocoles validés et des résultats mesurables.
Les premières fissures
Mais j’ai commencé à observer quelque chose de troublant : malgré la chirurgie, certaines pathologies résistaient. Certains patients revenaient, leurs symptômes persistaient. J’opérais, réopérais parfois, sans succès durable.
Je me suis interrogée. On m’a dit que c’était parce que mes patients étaient allergiques. Cela avait du sens : l’inflammation chronique, les récidives… Je me suis donc formée à l’allergologie. J’ai ajouté cette corde à mon arc, convaincue d’avoir trouvé la clé.
Malgré tout, certaines pathologies résistaient encore.
La quête de solutions
On m’a alors dit qu’il fallait éduquer les patients pour qu’ils prennent correctement leurs médicaments. L’observance, l’adhésion thérapeutique – tous ces concepts que j’ai intégrés à ma pratique. J’ai pris plus de temps en consultation, j’ai expliqué, accompagné.
Malgré tout, il y avait encore des échecs.
En parallèle, un phénomène m’a interpellée : beaucoup de médicaments que je prescrivais ont été supprimés, soit parce qu’ils étaient dangereux, soit parce qu’on ne parvenait pas à prouver leur efficacité en médecine traditionnelle. Mon arsenal thérapeutique se réduisait alors même que mes patients continuaient à souffrir.
La découverte de l’homéopathie
C’est dans ce contexte qu’on m’a parlé d’homéopathie. J’étais sceptique, évidemment. Toute ma formation me poussait à la rejeter. Mais j’ai décidé de me former, ne serait-ce que pour comprendre.
Ce qui m’a surprise, c’est l’approche physiopathologique de l’homéopathie. Elle m’a permis d’affiner mon diagnostic de manière plus globale. Je ne cherchais plus seulement un organe malade à réparer, mais à comprendre le terrain du patient, les interactions entre différents systèmes, les facteurs déclenchants.
L’évolution progressive
Je n’ai pas tout abandonné du jour au lendemain. J’ai commencé à mélanger mes compétences : homéopathie, allergologie, médecine traditionnelle. J’observais les résultats. Progressivement, j’ai constaté que mes actes chirurgicaux diminuaient. Non pas par dogmatisme, mais parce que j’obtenais des résultats autrement et il y avait donc moins d’indication chirurgicale.
Certains patients que j’aurais opérés auparavant allaient mieux sans chirurgie. D’autres, que j’aurais déclarés en échec thérapeutique, trouvaient un soulagement.
Je me suis installée en libéral avec une pratique mixte (hospitalière et libérale). Mais progressivement je suis passée d’une plage de bloc hebdomadaire à 1 plage de bloc mensuelle.
Finalement en m’installant en libéral exclusif, j’ai cessé d’opérer, et pour mes patients qui nécessitaient encore une prise en charge chirurgicale, je les confiais à des collègues opérateurs
Ce que j’ai perdu, ce que j’ai gagné
J’ai perdu la satisfaction de la maîtrise complète du protocole de soin de mes patients, ce qui m’avait fait opter pour une spécialité médico-chirurgicale, car j’étais responsable du traitement, de l’indication chirurgicale et donc de la guérison de mes patients. J’ai perdu aussi une partie de ma légitimité aux yeux de la médecine conventionnelle.
Mais j’ai gagné autre chose : des patients qui comprennent leur pathologie et sont souvent plus acteurs dans leur prise en charge, une pratique plus riche et nuancée, la capacité de prendre en charge des situations que je considérais auparavant comme des impasses thérapeutiques.
La question qui reste
Est-ce que ce parcours a du sens ? Honnêtement, je ne sais pas si je peux répondre de manière objective. Je sais que je ne pourrais plus pratiquer comme avant, que revenir à une approche purement chirurgicale me semblerait réducteur.
Mais je comprends aussi les critiques : l’homéopathie n’a pas fait ses preuves selon les critères de la médecine factuelle. Peut-être que mes résultats sont dus à l’effet placebo, au temps que je passe avec mes patients, à une meilleure compréhension globale qui transcende le type de traitement prescrit.
Ce que je sais, c’est que je suis partie de mes échecs, que j’ai cherché des solutions là où j’en trouvais, et que je continue aujourd’hui à soigner du mieux que je peux avec tous les outils que j’ai rassemblés.
Le sens de ma reconversion ? C’est peut-être simplement celui d’un médecin qui refuse de se satisfaire de l’échec thérapeutique et qui cherche, même là où la science officielle ne regarde pas encore, ou plus.